Interview du Grand Maître MA Changxun

Thursday 17 July 2008 by Webmaster

QUESTION 1 : A quel âge avez-vous commencé les Arts Martiaux et quels sont les styles que vous avez pratiqués ? Pourquoi avez-vous choisi ces Arts et avec quels professeurs avez-vous travaillé ? Ont-ils écrit des ouvrages ?

Maître MA : À une vingtaine d’années, je n’étais pas de forte constitution et avais souvent des maux de tête. Je consultais de nombreux médecins sans résultat. Finalement, un vieux médecin chinois me présenta un professeur de TAI JI, style LI qui s’appelait Maître GAO Suizhou. À l’époque, ce Maître enseignait au Club des Arts Martiaux de Huitong. Quelques années plus tard, mes maux de tête avaient totalement disparu. J’étais guéri. Le Club des Arts Martiaux de Huitong se trouvait à l’extérieur de la Porte Desheng, située à l’Ouest de la ville de Pékin, et pour ma part, j’habitais au carrefour de Jiao Dao Kou, à l’est de la ville de Pékin, donc à une très longue distance du Club. Des amis me présentèrent à un autre Maître qui donnait des cours au Parc du Temple de la Terre, pas très éloigné de mon domicile. Le Maître s’appelait LIU Wan Cang, 4ème génération de TAI JI style WU.

J’appris avec lui la forme et la main collante. Après 5 ou 6 ans d’observation, je fus accepté par le Maître comme disciple, et commençais à apprendre complètement, étape par étape, toutes les formes de mains nues, d’épée, de sabre, de bâton, etc… Depuis ce moment, apprendre, pratiquer, enseigner le TAI JI style WU, devint le but de ma vie. Entre-temps j’ai eu l’honneur de connaître les Maîtres BAO Quan Fu, Wang Zying, YANG Yu Ting, ainsi que Maître LI Wen Jie. Grâce aux nombreuses explications et démonstrations de tous ces Maîtres, j’ai eu accès à un grand éventail de connaissances de la culture traditionnelle chinoise, de la pratique des Arts de Longévité ainsi que des techniques de mains collantes du TAI JI.

QUESTION 2 : Est-ce que vous avez un Club à Pékin et, si oui, pouvez-vous nous donner ses coordonnées ?

Maître MA : En 1994, nous avons créé le Club de Recherche des Mains Collantes de TAI JI Traditionnel pour la Santé qui est sous la Direction de l’Association de Wushu de Pékin. Vous pouvez le contacter au (0086) 133 11 15 38 55.

QUESTION 3 : Maître MA, pouvez-vous nous parler un peu des caractéristiques du TAI JI Style WU que vous enseignez et sa relation avec les styles Chen, Yang, Wu, Sun.

Maître MA : Le TAI JI Style WU a les caractéristiques principales suivantes : le tronc toujours droit, le coccyx reste au milieu, pendant la pratique, le pratiquant doit se sentir bien à l’aise. Les mouvements sont légers, vifs, agiles et arrondis.

À l’époque, Maître YANG Lu Chan a appris le TAI JI QUAN avec les Maîtres du Chen Jia Gou puis il l’a transmis à son fils YANG Ban Huo et à son petit-fils YAN Cheng Fu. Ils ont créé le style YANG. YANG Lu Chan a enseigné à WANG Lan Ting et WANG Lan Ting a transmis à LI Ruidong, ce dernier a créé le style LI. YANG Ban Hou a transmis à WU Quan You qui a créé le style WU. YANG Lu Chan a transmis à WU Yu Xiang, qui a créé son propre Style WU. Il a transmis à LI Yi Xue et LI Yi Xue a transmis à HAO Wei Zhen et HAO Wei Zhen a transmis à SUN Lu Tang. Ce dernier a créé le style SUN.

Je viens de vous citer les écoles principales du TAI JI QUAN. Chacune à ses caractéristiques, les mouvements et les noms ne sont pas toujours les mêmes, mais les principes de base restent identiques.

QUESTION 4 : Comment peut-on avancer progressivement dans la pratique du TAI JI Style WU Combien d’étapes sont à envisager et comment pratiquer ?

Maître MA : Voici les différentes étapes :

1ère Étape : Elle consiste en l’entraînement de base. Dans cette étape on doit apprendre correctement chaque mouvement selon les principes stricts et arriver au relâché du corps.

2ème Étape : Elle est axée principalement sur l’entraînement à la synchronisation de tout le corps, les connexions du haut et du bas, sentir l’utilisation de la pensée mais pas de la force.

3ème Étape : Après s’être familiarisé aux mouvements, il faut porter une attention toute particulière aux mouvements internes. Le plus important n’est pas la forme externe mais, la vigueur de l’Energie.

QUESTION 5 : Pourquoi dites-vous que le TAII JI est un Art ?

Maître MA : Le TAI JI QUAN et sa MAIN COLLANTE a une profonde connaissance culturelle qui relie la philosophie taoïste et les principes de ses Arts de longévité.

Dans la pratique de la main collante, non seulement il faut faire attention aux techniques comme la précision sur l’écoute de la force ; adhérer, coller, connecter et suivre ; ne pas perdre ni agresser, mais aussi prêter attention à l’intention et à la pensée du partenaire. C’est un Art d’une courtoisie élégante, adapté à tout âge et aux différents états de santé de chacun. Donc il comporte toutes les valeurs d’un Art.

QUESTION 6 : Votre niveau de NEI GONG est remarquable. Pouvez-vous nous expliquer l’importance du NEI GONG et ses relations avec l’enchaînement et la main collante.

Maître MA : Le TAI JI QUAN comprend les techniques statiques (JING GONG), dynamiques (XING GONG) et leurs applications (YONG GONG).

Le JING GONG du TAI JI, c’est principalement l’arbre de TAI JI. Il sert à réguler l’équilibre du Yin et du Yang, à désobstruer l’Énergie et le sang, à trouver le relâchement rapidement XING GONG du TAI JI c’est la partie enchaînement. Pour bien pratiquer, il faut respecter les principes du TAI JI, à savoir que le corps soit bien droit, le haut et le bas du corps concomitants, quand une partie bouge tout bouge, toutes les parties du corps sont enchaînées YONG GONG du TAI JI, c’est le TUI SHOU (main collante). Il faut coller, adhérer, connecter et suivre, ne pas perdre ni agresser, équilibré comme les plateaux d’une balance, vif comme la roue qui tourne sur son axe, agile, rapide, leste, souple.

QUESTION 7 : Est-ce que le TAI JI QUAN est un Art martial interne ? Comment comprendre le NEI GONG des Arts martiaux internes ?

Maître MA : Il est évident que le TAI JI est un Art martial interne. À travers la pratique de l’entraînement au relâché, il permet de réaliser la bonne circulation de l’Énergie et du sang, d’être en bonne santé. Conserver le SHEN à l’intérieur, exposer le calme à l’extérieur. Le corps est à l’aise, l’Esprit est sain, bouger sans bouger. Le partenaire ne me connaît pas, mais moi je le connais. Atteindre d’abord à la souplesse maximale, pour pouvoir ensuite devenir indomptable, inébranlable. La vigueur est dans l’Énergie, pas dans la forme.

QUESTION 8 : Qu’elle est la relation entre le TAI JI QUAN et la philosophie chinoise ?

Maître MA : Le TAI JI a une longue histoire et possède une relation étroite avec le taoïsme. La pensée de base taoïste est, rester calme, simple et sans occupation, conserver le SHEN à l’intérieur, cultiver la vertu, nourrir la Vie.

Le mot TAI JI contient déjà un profond principe de philosophie. La théorie du TAI JI QUAN manifeste la combinaison de l’homme et du ciel, ce qui correspond à la pensée traditionnelle du taoïsme et à celle de la haute pensée philosophique taoïste « TAO : Le Tao suit sa propre nature spontanée – la Loi de la Nature ».

Le taoïsme occupe une place très importante dans la philosophie chinoise. Lao TSEU est le Premier philosophe de la Chine. Il a constitué une théorie complète de la philosophie en proposant la notion du TAO (la Voie). Il a établi une philosophie chinoise cosmogonique. La philosophie est une recherche sur le Cosmos et la Vie, une recherche de relation harmonieuse entre l’homme et l’Univers. De ce point de vue, la philosophie de Lao TSEU concernant la nature, et ses explications adaptées à tous les aspects de l’Univers nous ouvrent un horizon de perceptions infinies à explorer.

Le TAI JI QUAN est un Art du mouvement de Dao Yin qui, au travers du corps, exprime la philosophie taoïste, « un Yin plus un Yang c’est le TAO », « le mouvement de TAO est inversé » ce sont les principes directeurs de base de la pratique de TAI JI.

En un mot, la source de la théorie du TAI JI dans l’histoire de la philosophie chinoise, remonte à celle du YI JING, de LAO TSEU, ZHUANG ZI, CHAN ZONG et les Arts de Longévité des Chinois antiques. Le TAI JI QUAN est en parfaite symbiose avec le taoïsme.

QUESTION 9 : Quelle est la relation entre XING, SHEN, YI, QI, LI ? Comment comprendre « utiliser la pensée mais pas la force » ?

Maître MA : Dans l’ancien livre de TAI JI, il est écrit « faire circuler l’Énergie avec le cœur », « il faut relâcher vers le bas », « faire mouvoir le corps avec l’Énergie », « il faut être harmonisé ». Pendant la pratique du TAI JI, il faut que le Xing (forme), le Shen (esprit), le Yi (pensée), le Qi (énergie), le Li (force) soient bien synchronisés. Il faut bien relâcher, avoir une grande souplesse. Il faut diriger chaque mouvement avec le Shen (esprit) et le Yi (pensée). Il ne faut pas utiliser la force physique. Petit à petit l’Énergie peut circuler dans tout le corps.

QUESTION 10 : Les résultats du TAI JI QUAN dans le maintien de la santé sont évidents, mais comment peut-on utiliser des mouvements si lents dans le combat ?

Maître MA : Le TAI JI QUAN a beaucoup de technicité. C’est un Art intelligent. Son point fort est d’absorber et dissoudre la force du partenaire avec la souplesse. Après avoir reçu la force du partenaire, répliquer correctement, utiliser le Shen (esprit) et le Yi (pensée) pour conduire les mouvements. Les véritables bons pratiquants de TAI JI réagissent à la moindre velléité d’action de l’adversaire avec l’Esprit ; quand la force de l’adversaire est importante, le pratiquant en rentrant son énergie à l’intérieur, vainc la force grâce à la souplesse.

QUESTION 11 : Vous avez une connaissance aiguisée du QI GONG, pouvez-vous nous parler des QI GONG que vous enseignez ?

Maître MA : En fait, c’est simple, quel que soit le QI GONG enseigné, il faut calmer le cœur, respirer naturellement, relâcher tout le corps, être naturel sans effort, le corps doit rester droit. Partant de ces principes de base, on pratique des techniques statiques comme celles de l’arbre, ou en mouvements ralentis. Le but est de capter l’énergie de l’univers afin de renforcer celle de notre corps. L’état de relâchement permet de faire circuler l’énergie dans le corps entier, rééquilibrer l’énergie Yin et Yang et ainsi, d’améliorer la santé.

QUESTION 12 : Quelle est la relation entre le QI GONG, le TAI JI QUAN et le TAI JI NEI GONG ? Peut-on pratiquer le TAI JI QUAN pour remplacer le QI GONG, ou l’inverse ?

Maître MA : Ce sont tous des arts de longévité traditionnels chinois. Le QI GONG peut être comparé au TAI JI JING GONG (techniques statiques du Tai Ji), l’enchaînement du TAI JI QUAN peut être comparé au QI GONG dynamique.

La théorie des techniques internes de QI GONG et de TAI JI est identique. Ils se complètent. Le QI GONG c’est la tranquillité dans le calme et le TAI JI cherche le calme dans le dynamique. En termes techniques, l’on dit: le dynamique dans le statique, et le statique dans le dynamique. Le TAI JI peut remplacer le QI GONG, mais le QI GONG ne peut pas remplacer le TAI JI, parce que, si dans le calme l’on ne peut pas trouver la tranquillité, on ne peut pas vraiment relâcher. C’est bien plus difficile encore dans le dynamique.

QUESTION 13 : Pouvez-vous nous parler un peu de votre Maître ?

Maître MA : Il s’appelait Maître LIU Wan Cang (son nom d’origine était LIU Pei Song), grand Maître de Wushu, 4ème génération du TAI JI style WU, il est né le 22 Juin 1906 à PENG LAI (Shan Dong) dans le village de Xu Jia Gou. Il est décédé le 5 Juillet 1990 à Beijing à l’âge de 85 ans.

Maître LU Wan Cang aimait beaucoup le WUSHU. Il n’appréciait ni les honneurs, ni les richesses. Il a toujours travaillé dur et consacré sa vie à la propagation du WUSHU. Il pratiquait le TAI JI, le BA GUA, les armes et beaucoup d’autres choses. Toutes ses pratiques étaient excellentes. Il a pratiqué et enseigné le WUSHU toute sa vie. Il est resté simple et faisait tout lui-même. Sa moralité était excellente. Sa spécialité était le TAI JI QUAN et la main collante de TAI JI. Sa technique était remarquable. Il avait l’art de se faire des amis et d’échanger, avec eux, impressions et techniques. Il a contribué de façon brillante, à la propagation et à la popularisation du WUSHU et il jouit encore à ce jour, d’une réputation mondiale. C’était un très grand Maître.

QUESTION 14 : Pouvez-vous nous expliquer les mots WUSHU, WU YI, WU DE ?

Maître MA : WUSHU : C’est un nom général traditionnel qui désigne un Art traditionnel pour la santé et la défense. Citons quelques-uns des principaux styles : le TAI JI QUAN, le SING YI QUAN, le BA GUA, le CHANG QUAN, le YI QUAN, le BA JI QUAN, etc… WU YI : Il désigne de nombreuses techniques, mais n’a pas développé la comparaison de force, le combat réel, etc… Il est considéré par le WUSHU comme un Art d’entretien de la santé car il a, par contre, poursuivi sa recherche dans les techniques internes et psychologiques de façon intéressante. WU DE : Il insiste sur la moralité du pratiquant. Il faut être de haute moralité et le pratiquant doit respecter le Professeur et s’unifier au groupe, rester humble, modeste, désirer ardemment étudier cet Art, etc…

QUESTION 15 : Combien y a-t-il de pratiquants de style WU en Chine ?

Maître MA : Le TAI JI style WU est un Art traditionnel chinois. Les pratiquants sont de plus en plus nombreux. Il y en a beaucoup dans toute la Chine, mais actuellement on ne dispose pas de chiffres officiels.

QUESTION 16 : Pouvez-vous donner quelques conseils aux pratiquants Français ?

Maître MA : Le TAI JI QUAN est un Art traditionnel chinois. Il y a de nombreuses théories et techniques, il joue un rôle très important notamment pour améliorer et entretenir la santé.

C’est un Art difficile dont la théorie est de haut niveau. Les principes de base sont souvent plus difficiles que l’on croit et les pratiquants ont du mal à les comprendre au départ.

Pour apprendre et comprendre correctement cet Art, il faut bien fonder la base, ne pas être pressé, essayer d’assimiler le relâchement. Il est important de réaliser que la compréhension ne passe pas que par la tête mais également par le corps. Bien connaître la théorie aide à guider la pratique, pratiquer régulièrement est aussi nécessaire. En pratiquant souvent cela s’éclaircit naturellement, automatiquement. Vouloir brûler les étapes produirait l’effet contraire et retarderait la compréhension.

Je souhaite aux amateurs français des Arts Martiaux, une bonne réussite dans l’assimilation de cet Art du TAI JI QUAN afin de l’utiliser pour servir à renforcer leur santé.

Pratiquer le Nei Gong avec le Grand Maître MA Changxun en juin 2008


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